J'attrappais la poignée lorsque... quelqu'un me posa une main sur l'épaule. J'avais tout d'abord pensé à Seiichi mais m'étais souvenue qu'il était resté à sécher les cours dans le placard... alors je me retournais en disant:
- Oui, à qui ai-je... l'honneur...?
- Chut ! On va me repérer ! répliqua la voix d'homme qui me plaqua une main sur la bouche.
- Mmmmhmm !
- Mais tais-toi ! s'énerva l'homme qui m'entrainait loin de la salle, toujours une main plaquée sur ma bouche.
L'homme inconnu me plaqua contre le mur de derrière le lycée et souffla un peu, ses mains posées des deux côtés de ma tête, sur le mur... on aurait dit un couple de fugueurs ! Heureusement, cela n'avait rien a voir... l'homme était plutot grand et avait une voix d'homme mur. Il était habillé décontract' et portait des bandages blanc-cassé autour du visage, ne laissant apparraitre que sa bouche et son nez. Quant à ses ongles - si on peut appeler ça des ongles ! - ils étaient masqués de gants en fer surmontés de longues griffes en argent pur au bout des doigts. Cet onconnu donnait la chair de poule. Il me demanda:
- C'est bien toi, Haruko ?
- Oui mais... on se connait ? Demandais-je à mon tour.
- Je te connais. Toi... je ne sais pas si tu te souviens de moi ! Répondit "la chose" , un sourire aux lèvres.
- Me souvenir d'un homme qui ne me montre pas son visage ? Vous me prenais pour qui !
- C'est parce que je ne te l'ai jamais montré...
- Ah... bon... c'est quoi votre nom ?
- Heiki. Heiki ou Bachiatari. On m'appelle comme ça mais... qu'est ce que ça veut dire ?
- Arme et Condamné. Pourquoi vous donne-t-on ces noms ?
- Arme... Condamné... Je ne sais pas.
- Vous ne savez pas. Et pourquoi vous m'avez emmené ici ?
- Heu... ah, oui ! Excuses-moi ! Quel âge ça te fait, maintenant ?
- Mon âge ? Eh bien, j'ai eu 16 ans le mois dernier. Pourquoi voulez-vous savoir mon âge ?
- Tu es bien grande... je voudrais tant te voir...
- Enlevez ces bandages... déclarais-je en attrapant un bout de bande mal accroché et le tirant vers moi.
- Qu'est-ce que... non !!
- Heiki... pourquoi ne voulez-vous pas me montrer vos yeux ? Je suis certaine que... continuais-je sans avoir le temps de finir ma phrase.
Heiki m'avait embrassée, et sur le coup, j'avais été choquée... j'ouvrais de grands yeux:
- Qu'est-ce qu'il... qu'est-ce qu'il vous a pris ?!
Je restais bouche bée, sans réponse: les bandages étaient tous soudainement tombés... dévoilant le reste du visage du jeune homme... je n'eus pas le temps de réagir, ses yeux me firent tomber. Mais tomber, au sens propre du terme: tomber par terre. Lorsque je reprennais mes esprits, j'étais allongée sur un lit d'infirmerie. L'infirmerie du lycée. Je frottais mes yeux encore bouffis et regardais autour de moi: un rideau à droite, un rideau à gauche, devant le rideau une forme encore floue: l'homme de tout à l'heure. Je m'exclamais, un peu génée:
- Pourquoi vous me regardez dormir ?
- Hein ? Je ne peux pas te regarder, désolé. C'est parce que je suis né comme ça. J'ai le pouvoir.
- Pouvoir ? De quoi ?
- De tuer.
- Comment ?
- En regardant la personne dans les yeux.
- Pourquoi ne suis-je pas morte, alors ?
- C'est pour cela que j'étais venu te chercher, Haruko.
La pronnonciation de mon prénom de cette manière douce et gentille me fit tressaillir puis rougir. Heureusement que mon interlocuteur ne pouvait pas me voir !
- Eh bien, je ne comprend plus rien ! Déjà, je vais commencer par changer votre prénom ! Cela ne vous va pas bien du tout ! Vous, ce qui vous irait bien, c'est Naoko ! Vous aimez bien ?
- Oui, ça sonne bien. J'aime beaucoup.
- Dites, quel âge vous avez, vous ? demandais-je à Naoko.
- Moi ? Heu, peut-être 24... ou 25. Je n'ai plus trop la notion du temps. Pourquoi ?
- Non, comme ça !
- D'accord... Haruko, si tu te sens, je voudrais aller marcher un peu avec toi. Pour parler d'avant...
- Heu, oui ! répondis-je en me levant.
- Merci.
Une fois dehors, Naoko déclara:
- En fait, je suis ton protecteur.
- Protecteur ?
- Oui, je suis celui qui est destiné à te protéger. C'est pour ça que je suis né. Je n'ai aucune raison de vivre si je ne t'ai pas à mes côtés.
- Naoko... je ne comprend pas bien votre histoire...
- Tu peux me tutoyer maintenant... donc, je suis né pour te protéger. Tout comme les autres Fukan'zen' Shisutemu...
- Fukan'zen' Shisutemu... Systèmes Défectueux... c'est qui, eux ?
- Les autres. Les autres qui sont pareils que moi. Enfin, tout est dans leur nom. Système défectueux.
- Mais pourquoi Défectueux ?
- Hé ben... il y a les Tadashii Shisutemu, les Systèmes Authentiques et les Fukan'zen' Shisutemu, les Systèmes Incomplets, Défectueux. Les uns sont les bons, les autres ceux qui sont à jeter. Je fais partie de ceux qui sont à jeter... sinon j'aurai pas ces bandes sur les yeux...
- OK... admettons. Mais j'ai toujours pas compris pourquoi tu dois me protéger.
- C'est un test d'aptitudes. Pour voir si je suis vraiment à jeter. Le Taishou (Patron, Chef) nous teste en permanence, nous, les Fukan'zen' Shisutemu. Ce test consiste à protéger quelqu'un avec notre défaillance... en fait, nous sommes programmés par un Pasokon (Persocon, Ordinateur)... qui contrôle en permanence nos faits et gestes. Si on tente de s'échapper ou quoi que se soit d'autre, ce collier à ondes de chocs nous rapelle à l'ordre... expliqua Naoko.
- Ah...
- C'est pour sceller le pacte que je t'ai embrassé tout à l'heure... désolé...
- C'était plutot agréable... murmurais-je en rougissant.
- J'ai entendu ! Se moqua Naoko en m'ébouriffant.
Finalement, Naoko s'installa chez moi le soir même et je recommençais ma vie en collocation... mon frère était parti pour étudier à l'autre bout du Japon... et m'avait laissé seule, ce cruel ! Bref, Naoko lui avait prit sa chambre et son futon (couverture moelleuse et épaisse posée à même le sol, servant de couchette)... la nuit tombée, je n'arrivais pas à m'endormir... je fis alors un petit saut dans la chambre de Naoko qui dormais profondément, mais restais au aguets. Il se réveilla donc lorsque j'eut posé un pied dans la pièce... et demanda:
- Haruko... tu voulais quelque chose ?
- Heu... Naoko, je peux dormir près de toi... j'ai peur dans ma chambre, y a un rat...
- Fermes la porte y a trop d'lumière...
- Oh, désolée ! Lançais-je en m'exécutant.
- Viens... heureusement que c'est un futon deux places...
- Je-je-je... vais dormir à côté de toi ?
- Ouais... allez, n'aie pas peur j'vais pas t'bouffer ! 'Suis pas un morfale !
- O--ok !
Je m'installais donc à côté de Naoko... il était torse nu et je ne pus m'empêcher de caresser son dos avec le bout de mes doigts... il tressaillit à mon toucher et se retourna vers moi:
- A quoi tu joues, Haruko ?
- Heu... à rien !
Il m'ébouriffa les cheveux et laissa apparraître un sourire sur son visage. Je rapprochais inconsciemment mon corps du sien et posais une main sur son torse musclé...
- Naoko...